5 mois 11 jours au Chili

"Biobio, la radio..."

Publié à 05:55, le 26 octobre 2007, dans Observations générales,

A la pension, la radio dans la cuisine est toujours allumée, ce qui fait que j'entends très souvent les informations de la région et je ne peux pas m'empêcher de vous en parler...

La "Radio Biobio" est une radio nationale avec des versions régionales... euh, est-ce que c'est compréhensible ? Non ? Ok, je recommence... Radio Biobio est une radio nationale, avec des dépendances régionales... Donc, en gros, j'entends la même musique, mais lorsque vient le temps des infos, j'entends celles de la région d'où j'écoute la radio (la IXè pour moi).

Cette radio a comme objectif principal de tenir informé ses auditeurs et se proclame comme la seule radio informatrice indépendante, qui ne s’arrête jamais de rechercher l’information… Le générique du bulletin d’information est le suivant :

« Él que no está informado no puede tener opinion. Biobio, la radio, presenta El Informador :

……………………………………………………………………..

Él que tiene opinión no puede tomar decisión. Biobio, la radio, presentó El Informador. »[i]

Et là, je me pose une question purement philosophique : peut-on prendre des décisions sans avoir d’opinion et avoir une opinion sans être informé ? Les débats sont ouverts…

De fait, le générique traduit bien la volonté de la radio d’informer constamment ces auditeurs. En plus, il présente le bulletin d’information comme étant quelque chose d’important, qui apporte de réelles informations, concrètes, de première importance…

Mais cette volonté s’arrête là. Le bulletin d’information n’est en fait rempli que de faits divers, qui parfois pourrait avoir un intérêt si des questions de fond étaient vraiment posées… Hier, par exemple, la première moitié du bulletin (de 10 minutes environ) était consacrée à l’arrestation pour meurtre d’une personne, détaillant tout ce qui s’est passé pendant l’arrestation et l’autre moitié étant con sacré aux insultes émises par un ancien joueur de l’équipe de foot de Temuco contre l’actuel entraîneur de l’équipe.

En fait, les bulletins de « Biobio, la radio », quelques soient les jours, ne parlent que de violences, de crimes, de meurtres… C’est du pur voyeurisme rempli de mauvais goût, morbide… Aucune questions de fond n’est posée : Pourquoi les Mapuches emprisonnés à Temuco ont-ils commis cet attentats ? pourquoi y a-t-il tant de violence et de meurtres dans la neuvième région ? Pourquoi de nombreux indigents sont morts de froid cet hiver ?… je pourrai en poser plein d’autres…

En fait, je suis un peu choquée par ce que j’entends et ce que je lis[ii] : ce ne sont que des informations à sensations…

Il ne faut plus que je m’étonne maintenant de certaines opinions et croyances… Les problèmes et le manque de réelles informations en sont la cause.



[i] « Celui qui n’est pas informé ne peut pas avoir d’opinion. Biobio, la radio, presente les informations :

………………………………………………………………..

Celui qui n’a pas d’opinion ne peut pas prendre de décision. Biobio, la radio, a présenté les informations »

[ii] Car dans les journaux, c’est pareil.





Voyager seule

Publié à 09:58, le 27 septembre 2007, dans Observations générales, Isla Chiloé

Ça a étonné plus d’un chilien que je parte toute seule en vacances : « Mais tu n’as pas peur ? C’est dangereux de partir comme ça ! une jeune fille toute seule… », « tu vas te sentir seule pendant une semaine »… J’ai surtout entendu la première de ces phrases. Le Chili, un pays encore très conservateur, un brin machiste, avec des hommes forts et des femmes faibles qui ne peuvent pas survivre sans eux ? … Peut-être. Mais ça ne m’a pas empêchée de partir toute seule sur l’île de Chiloé.

D’abord, même si je voyageais seule, ça ne veut pas dire que j’étais tout le temps seule. Bien au contraire, ça m’a permis de rencontrer des gens et de parler (vraiment) avec eux[i]. Le contact n’aurait pas été le même si j’étais partir avec d’autres gens. Je pense en effet que, quand on part à plusieurs, on fait moins attention aux gens qui ne font pas partie du groupe. Oui, à plusieurs, on s’ouvre un peu aux autres, mais beaucoup moins que quand on est tout seul.

Ensuite, quand on est seul, on est totalement libre de faire ce qu’on veut, pas besoin de faire de compromis… Le matin, je me levais et je me disais : « Aujourd’hui, je vais à … », et j’y allais, et il n’y avait personne pour me dire : « Non, bof, ça me tente pas trop, je préfèrerai aller à … ». Et c’est agréable de pouvoir se balader au gré de ses envies : « A gauche, non, à droite… Et puis finalement tout droit… Oh, la jolie petite église… Allez hop, je me pose un moment… »

Enfin, être un peu seul de temps en temps, c’est bien aussi. Ça permet de laisser son esprit vagabonder, sans être obligé de tenir la conversation. J’ai adoré me poser face à la mer : ne rien faire, ne rien dire, juste regarder (le gros gros gros bateau qui passe à l'horizon)...

Mais n’allez pas croire que, maintenant, je ne veuille plus voyager que seule… Parce qu’il faut reconnaître que si il y a des avantages, il y a aussi quelques inconvénients…

Par exemple, quand on voyage seul en bus, on se sait jamais qui va être à côté de nous… Et parfois, il peut s’avérer que ce soit un type totalement bourré, qui empeste tellement l’alcool que ça donne mal au cœur et qui, en plus, veut vous parler alors que vous, vous n’avez pas vraiment envie de vous tourner vers lui pour sentir son haleine…

Ou bien, alors que vous êtes en train de profiter d’un moment de solitude, avec une jolie vue sur Castro depuis le mirador de la Virgen, avec un petit peu de bonne musique dans les oreilles, avec la sensation d’être dans votre bulle et d’y être bien, un type vient casser votre bulle en ce mettant au milieu du paysage et voulant à tout pris vous parler… Un peu bourré, il n’arrête pas de vous dire : « Non, tu mens, je te crois pas, tu peux pas être française… », (toutes les 30 secondes environ) et de vous demander : « C’est ton mari lui ? »… Au bout d’un moment, environ 10 minutes, vous n’avez pas d’autre choix que vous en allez en l’abandonnant là (La pauvre, il vous fait des yeux de chien battu…), bien en colère car le coin était bien agréable avant qu’il n’arrive et que vous auriez bien voulu en profiter un peu plus… Je pense toutefois que ce type de mésaventures arrive beaucoup plus souvent aux filles qu’au garçons…

Et puis, il faut reconnaître que c’est bien aussi de voyager à plusieurs pour s’occuper un peu quand on débarque le 19 septembre dans une ville du Chili où il y a tellement pas de monde qu’on croirait que la ville est morte…



[i] Cf. la notule ‘Rencontres ’, parue le 27 septembre, dans la rubrique 'Tourisme et Loisirs '





11 septembre

Publié à 04:09, le 13 septembre 2007, dans Observations générales,

Il y a deux jours, nous étions le 11 septembre.

Pour la majorité des gens dans le monde, cette date est liée au 11 septembre 2001 et au crash des deux avions sur le World Trade Center. La preuve est dans les journaux, tous parlent du World Trade Center, de la commémoration et de la vidéo de Ben Ladden…

Pourtant, au Chili, je pense que très peu de gens ont pensé à cet événement. En effet, ici, le 11 septembre est et sera pendant encore longtemps attaché au coup d’état de 1973, qui a amené Pinochet au pouvoir. Les commémorations qui ont eu lieu ce jour-là dans de nombreuses villes du Chili n’étaient pas pour rendre hommage aux victimes des attentats de 2001, mais aux victimes de la dictature : 2279 morts ou disparus[i] et plus de 100 000 personnes emprisonnées (et souvent torturées).

Mais les journaux étrangers n’en ont pas parlé. Pourtant, il y a de nombreuses choses à dire. En effet, Pinochet est mort depuis moins d’un an, sans jamais avoir été jugé pour tous les crimes commis sous son régime. Sa dictature est pourtant terminée depuis 17 ans. De nombreux auteurs de ces crimes n’ont pas été jugés et justice n’a pas encore été rendue aux victimes et à leur famille. Mais seuls les journaux chiliens en ont parlé.

Cependant, toute la population chilienne n’a pas participé à ces marches commémorative. Il reste encore des personnes qui respectent énormément Pinochet et ce qu’il des jeunes, qui n’ont pas vécu la dictature, se sont opposés à ces marches, sont intervenus avec violence, portant des bombes artisanales, insultants les familles des victimes…



[i] Cf. rapport de la commission national « vérité et réconciliation », publié dans le journal La Nación le 12 décembre 1992.





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